Ce titre tiré de la chanson de Jacques Brel répond avec tout le talent du chanteur à toutes les colères du peuple, aux sentiments qui étreignent le cœur des femmes et des hommes face à un événement qui les dépassent. Ceux qui jubilent alors sont ceux qui ont tout fait pour que la guerre s’empare du monde entier. Mais JAURÈS avait déjà vu juste : « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ».

La Paix est le plus grand des combats ! 

Il y aura consacré jusqu’aux derniers instants de sa vie. Parcourant la France de long en large, parcourant une partie de l’Europe notamment la Belgique et l’Allemagne, de réunions en meetings ou en rassemblement et manifestations Jaurès parle de La Paix, le bien le plus précieux pour l’homme et pour l’humanité.

Ardent pacifiste à une époque où le nationalisme devient une force importante de la vie politique, Jean Jaurès préconise en 1911 une « Armée nouvelle » purement défensive et fondamentalement démocratique.

Dénonçant le péril d’une guerre européenne, il met en garde ses collègues députés :

« Et qu’on n’imagine pas une guerre courte, se résolvant en quelques de foudre et quelques jaillissements d’éclairs (…). Ce seront des masses humaines qui fermenteront dans la maladie, dans la détresse, dans la douleur, sos les ravages des obus multiples, de la fièvre s’emparant des malades ». Débat du 20 décembre 1911.

En 1913, il s’oppose avec vigueur à la prolongation de la durée du service militaire (loi des trois ans).

Alarmé par la montée des tensions, il estime le 25 juillet 1914 : «….que jamais l’Europe n’a été dans une situation plus menaçante et plus tragique que celle où nous sommes à l’heure où j’ai la responsabilité de vous adresser la parole. » Discours de Vaise.

Le 29 Juillet, à Bruxelles, le Bureau de l’internationale socialiste tente de développer une campagne contre la guerre. Le soir, Jaurès prononce un grand discours où il appelle à la paix. Le 31 juillet, il est assassiné à Paris, au café du Croissant, par Raoul Villain, un nationaliste exalté. Rien ne semble plus pouvoir arrêter la marche à la guerre commencée un mois plus tôt à Sarajevo.

Et au tout début du mois d’août, le jour même de ses obsèques, après avoir promis le contraire, les députés socialistes voteront les crédits de guerre.

C’est la haine, le nationalisme qui a armé le bras qui terrasse celui qui sera désormais le « martyr de la Paix ». La duplicité mènera les fauteurs de guerre, politiciens en tête à prononcer l’acquittement de Raoul Villain et pour cela ils attendront la fin de la guerre.

« Le capitalisme porte en lui la guerre, comme la nuée porte l’orage »

Cinq jours avant son assassinat, Jaurès vient à Lyon, le 25 juillet 1914, aider Marius Moutet qui sollicite les électeurs de Vaise pour un mandat de député.

Il vient donc le soutenir mais, dans l’urgence du moment, le tribun oublie cette tâche, pour crier le mélange de tristesse, d’angoisse et d’espérance qui l’étreint à la veille de la guerre : cette guerre qui se profile, et qui, il le sait, va écraser toute une jeunesse et avec elle une partie de l’espérance des peuples.

Dans un souci pédagogique, Jean Jaurès expose à son auditoire certaines des causes du conflit mondial qui s’annonce et l’engage à tout faire pour s’opposer à cette guerre.

Cela va devenir un véritable texte de référence.

Et les travailleurs du monde entier retiendront ce cri et cette accusation toujours valable 100 ans après. « Le capitalisme porte en lui la guerre, comme la nuée porte l’orage ! ».

Jaurès l’esprit et la générosité

Fils de la bourgeoisie de province, Jean Jaurès est normalien et agrégé de philosophie. Après avoir enseigné à Albi et à Toulouse, âgé de 25 ans, il commence sa carrière politique en 1885 comme député républicain à Castres.

Jean Jaurès devient socialiste après la grande grève des mines de Carmaux de 1892 quand il voit le vrai visage de la République française aux mains des capitalistes.

Et il parle occitan comme tout natif du midi. Avec les mineurs dira-t-on il parle « patois ». Le marquis de Solages, président des mines, ayant démissionné de son mandat, Jean Jaurès est élu député et va le rester jusqu’à sa mort (sauf entre 1898 et 1902). Brillant orateur, il va devenir le défenseur des ouvriers en lutte et de l’unité des forces politiques et syndicales de gauche.

Avec les socialistes, il défend Alfred Dreyfus et crée le journal l’Humanité, en 1904. Jean Jaurès, leader du socialisme français, participe en 1905 à la fondation de la SEIO qui va rassembler les différents courants socialistes français. Pour lui, les socialistes doivent s’engager pour une révolution démocratique et on violente.

Après 1905, Jean Jaurès s’oppose à la politique coloniale et à la guerre. Ayant pris des positions pacifistes à l’approche des hostilités avec l’Allemagne, il devient très impopulaire chez les nationalistes qui l’accusent de trahison. Jean Jaurès meurt assassiné le 31 juillet 1914, 3 jours seulement avant la déclaration de la guerre.

Avec le mouvement ouvrier et la CGT

Jean Jaurès, figure emblématique du mouvement ouvrier et socialiste, a entretenu des liens serrés avec les militants syndicalistes de son époque. Député de Carmaux, leader de grève, attentif à toutes les évolutions du monde du travail, il a vu s’allumer le syndicalisme révolutionnaire au tournant du siècle dernier.

La CGT, confédération générale du travail a profondément marqué l’histoire du syndicalisme français et a posé de fait au plan politique et surtout au socialisme des questions qui restent aujourd’hui encore d’une brûlante actualité et qui reviennent sans cesse quand il est question du peuple, des salariés et du pouvoir.

Au contact des syndicalistes Jean Jaurès devient très combatif, désireux d’intégrer dans sa conception de la transformation sociale, les forces les plus radicales du mouvement ouvrier.

Au fond avec les mineurs, les verriers, après les vignerons de 1907 ou le congrès de Marseille en 1908 c’est un Jaurès révolutionnaire (au sens noble et plein du terme) attentif aux réformes, au terrain et aux compromis mais loin des clichés réformistes dans lesquels certains cherchent sans relâche à l’enfermer tant ce serait bien pour les instants présents (de 2014 ?).

« Jean Jaurès et le syndicalisme, une pensée et une action sociale » a été récemment le thème d’une journée d’étude, co-organisée, le 17 juin 2014, par l’institut CGT d’histoire sociale et par le journal l’Humanité. On pouvait y apprendre que Jean Jaurès a consacré un grand nombre d’écrits et de discours au mouvement ouvrier et au syndicalisme. L’action sociale et revendicative, grève, mutualisme, coopérative, gestion ouvrière…sont pour lui sources d’inspiration et d’action pour « réaliser l’humanité ».

Partisan de la « transformation de la propriété individuelle capitaliste par la propriété sociale » Jean Jaurès fut, peu de gens le savent, un infatigable travailleur de l’unité socialiste et ouvrière. Dans ce but, il noua des liens privilégiés avec la CGT de l’époque. Le fondateur de l’Humanité offrait une tribune régulière à la Confédération dans son journal.

Socialiste et révolutionnaire

La compagnie de mines, dirigée par le baron Reille, l’homme fort de la droite Tarnaise, et son gendre le marquis Ludovic de Solages, député de la circonscription, venait de licencier un de ses ouvriers, Jean Baptiste Calvignac, leader syndical et nouveau maire de Carmaux depuis le 15 mai 1892. C’était remettre en cause le suffrage universel et les droits réels de la classe ouvrière à s’exprimer en politique.

Dans ses articles à la Dépêche, Jaurès soutient cette grève qui se termine par la réintégration de Calvignac et la démission du marquis de Solages. Les ouvriers de Carmaux demandent alors à Jaurès d’être leur candidat à l’élection partielle. Jaurès devient le député socialiste de Carmaux le 8 janvier 1893.

Jaurès a pris conscience des résistances de la société capitaliste et des dangers révélés par la montée du nationalisme et de l’antisémitisme. La défense de la république devient son objectif primordial : il soutient donc le gouvernement Waldeck Rousseau qui associe à son action, pour la première fois, dans l’histoire de la République, le socialiste Alexandre Millerand.

Jaurès réélu député du Tarn en 1902, fonde le quotidien l’Humanité en 1904. Il infléchit ses choix stratégiques et donne la priorité à l’unité socialiste. Celle-ci se réalise au Congrès du Globe (23-26 avril 1905) avec la création de la S.F.I.O.

Unité fragile : Jaurès est critiqué, mais il parvient souvent à convaincre ses camarades. Dirigeant politique important, il engage le dialogue avec les syndicalistes révolutionnaires de la CGT et lutte contre l’expédition coloniale au Maroc.

Auteur du livre « La victoire de Jaurès » Charles Sylvestre, journaliste et Président des Amis de l’Humanité cite un article de la Dépêche, quotidien toulousain dans lequel, le 19 mars 1887, sous l’intitulé –Délégués mineurs – Jean Jaurès défend une démocratie sociale où les travailleurs seraient associés à la marche de leurs entreprises. « Plus de lumière, demandait Goethe avant de mourir ! écrit-il en conclusion. Plus de justice demande notre siècle, avant de finir ! Or, pour réaliser la justice, il faut deux choses : la clarté dans l’esprit et la générosité dans le cœur, il faut le coup d’œil et le coup d’aile ».

« Le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel », disait Jaurès, il y a 110 ans, dans son fameux « Discours à la jeunesse » du lycée d’Albi, en juillet 1903. Phrase souvent retournée par ceux qui cèdent à l’air du temps, à ses tentations et à ses compromissions, comme s’il s’agissait d’une invitation à s’adapter pour mieux renoncer.

La vertu des Jaurès de Charles Silvestre, c’est de nous montrer qu’au contraire, « c’est un appel à inscrire l’idéal dans le réel, en défendant, pied à pied, l’utopie concrète d’une humanité consciente. »

                       Le coup d’œil et le coup d’aile

Jaurès assassiné deux fois

La première fois le 31 juillet 1914 à la veille de la première guerre mondiale, on a fait taire le pacifiste, le militant de la cause de la Paix, on a assassiné Jean Jaurès.

La deuxième fois, à l’occasion du lancement de l’année Jean Jaurès, année du centenaire. Ce second assassinat vient de loin : déjà Sarkozy en 2007, citait 32 fois Jean Jaurès, le fondateur de l’Humanité, dans un même discours et le classait dans les rangs des adversaires de la lutte des classes.

En 2009, Le Pen disait de lui qu’il aurait voté FN. Quelle absurdité et quelle horreur ! Et même, Manuel Valls écrit dans son livre : « j’ai mis du temps à admettre que j’aurais plus facilement applaudi le Tigre (Clémenceau) que le fondateur de l’Humanité (Jean Jaurès) – maintenant j’assume ».

Evident mais surtout acte révélateur pour cet ami des grands patrons.

Certains vont encore plus loin. Après avoir prétendu que si Jaurès avait vécu il aurait voté la guerre et autre caricature il aurait aujourd’hui soutenu les 50 milliards de réduction de dépenses publiques de Hollande et le Parti Socialiste organisait un grand spectacle :

Jaurès une voix pour la paix, Spectacle sponsorisé par Veolia, LVMH, Eiffage, Vinci et Orange, Rien que ça !

Mais il ne sert à rien de torturer l’histoire pour revendique l’exclusivité de l’héritage de Jaurès, il suffit de le laisser parler.

Alors laissons le parler !

Sans oublier qu’il disait lui-même : le courage c’est de chercher la vérité et de la dire.

L’apocalypse !

Adieu la vie, adieu l’amour,

Adieu toutes les femmes.

C’est bien fini, c’est pour toujours

De cette guerre infâme.

C’est à Craonne, sur le plateau,

Qu’on dit laisser la peau

Car nous sommes tous condamnés

C’est nous les sacrifiés

C’est malheureux d’voir sur les grands boul’vards

Tous ces gros qui font leur foire :

Si pour eux la vie est rose,

Pour nous c’est pas la mêm’chose.

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là reviendront,

Car c’est pour eux qu’on crève.

Mais c’est fini, car les trouffions

Vont tous se mettre en grève.

Ce s’ra votre tour, messieurs les gros,

De monter sur l’plateau.

Car si vous voulez la guerre,

Payez-la de votre peau !

La fraternité et l’honneur des femmes

Malgré les titres de la presse, qui ne diffusent que les informations en provenance de la hiérarchie des armées ; malgré le courrier des soldats qui est censuré (et qui pour certains vaudra sanctions), c’est quand même les sentiments de fraternité et de solidarité qui dominent. Solidarité pour aider à écrire pour certains, solidarité pour la cantine quand des produits de la campagne arrivent jusque dans la tranchée. Mais surtout l’énorme solidarité au combat qui se passe de commentaires, si l’on pense un instant à quel type d’enfer nos « gouvernants et généraux » les ont exposés même quand c’était inutile.

Quelle saloperie la guerre !

Au début «  On a tout fait pour échapper à cette couleur rouge dans les uniformes ». C’était bien pour les défilés. Les soldats sont de très belles cibles et « en face ils ont fait des cartons ». Nos soldats ont attendu plusieurs mois pour voir arriver le gris et le fameux « bleu horizon ». Pour les responsables il n’y eu aucune sanction.

À l’arrière, dans le pays la situation n’est pas meilleure, les femmes sont à la peine. Il faut citer le courage des femmes d’agriculteurs qui, dans une France encore à dominante rurale et agricole, ont dû assumer à partir de l’été 1914 les durs travaux des champs. Dire aussi le dévouement des infirmières qui ont soigné les soldats blessés dans les hôpitaux de guerre et les maisons de convalescence. Dans les villes aussi les femmes ont dû pallier le manque de main d’œuvre dans de nombreux secteurs d’activités, distribuant le courrier, conduisant les tramways, travaillant plus de 10 heures par jour dans les usines d’armement. La compassion des « marraines de guerre » a été méritée, elles qui écrivaient et envoyaient des colis aux soldats du front, rendaient visite aux blessés dans les hôpitaux pour ceux qui étaient vraiment isolés.

L’appel aux femmes dans les campagnes comme dans les villes pour remplacer aux camps et dans les usines les hommes mobilisés au front n’a pas permis à lui seul de faire face à la pénurie de main d’œuvre. Il a fallu aussi faire appel aux jeunes, aux personnes âgées et surtout à la main d’œuvre d’ouvriers venus des colonies.

Les femmes, à la fin de la guerre, ont eu l’espoir de gagner plus de liberté, d’égalité e surtout des droits comme celui de voter. Contrairement à ce qui est généralement admis, l’émancipation féminine en France ne commence pas pendant la Première Guerre mondiale.

Erreur, on veut bien de vous pour aider mais cela s’arrête là. Il reste néanmoins qu’au lendemain de la Première guerre mondiale, la population française a un nouveau visage, plus féminin, avec 1 103 pour 1 000 hommes, et les nouvelles responsabilités de chef de familles des veuves de guerre.

C’est cacher aussi la réalité de l’après-guerre où les femmes françaises sont retournées au foyer, promptement licenciées au retour des soldats ; les valeurs traditionnelles sont alors réaffirmées, empêchant en particulier la reconnaissance de leurs droits politiques.

Les changements de la condition féminine en France n’ont donc été que provisoires ou superficiels. Les images de femmes pendant la guerre constituent le plus souvent des mises en scène de propagande, témoignant de la mobilisation de l’arrière comme condition indispensable de la victoire. Elles dévoilent aussi la méfiance des « décideurs » et des « politiciens » vis-à-vis de toutes nouvelles libertés accordées aux femmes. Il faudra attendre le gouvernement du CNR de 1945 pour que les femmes obtiennent enfin le droit de vote.

Fusillés pour l’exemple

Entre 700 et 850 soldats (environ- les choses ont été cachées, minimisées pendant trop longtemps) ont été passés par les armes durant les quatre années du conflit.

Beaucoup de ces condamnations étaient sans commune mesure avec les « fautes » commises si fautes il y avait. Beaucoup de ces hommes ont été réhabilités, dès les années 20 pour très peu d’entre eux et il a fallu attendre les années 1995 pour que le gouvernement reconnaisse ce qui est une honte nationale.

La peine capitale. Voilà ce que prévoyait, en 1914, le code militaire pour un certain nombre de comportements : abandon de poste en présence de l’ennemi, refus d’obéissance, voie de faits sur supérieur, révolte… On le voit : tout peut-être affaire d’interprétation. Avec la mort au bout des mots.

Entre les balles ennemies, le déluge de feu des bombardements, la confusion des assauts, les gaz, les fumées, les morts, bien des soldats se retrouvaient totalement désorientés, stupéfiés, pétrifiés, perdus…

« Le législateur prévoit des conseils de guerre réduits, avec seulement trois juges, une volonté accusatoire, la suppression des garanties de défense…. Et puis en 1914, la France bâtiment en retraite. Les Allemands sont à 30 km de Paris. Joffre prend des mesures terribles : « Les rebelles on dira aussi mutins doivent être recherchés et passés par les armes. »

L’instruction est bâclée, il n’y a pas de procédure d’appel, cela s’apparente à des exécutions sommaires. »

Du reste, pendant les grandes mutineries qui vont voir près de 40 000 à 80 000 soldats se rebeller, on ne compter « que » 30 exécution capitales.

Les mutineries

En 1917, après trois années d’une guerre meurtrière et indécise, la lassitude touchait l’ensemble des armées européennes dont le moral était au plus bas. À l’intérieur des troupes françaises, le coût humain élevé de l’offensive Nivelle sur le Chemin de Dames au printemps 1917, dont les gains sont seulement tactiques, les conditions de vie effroyables dans le froid, la boue, les bombardements d’artillerie et la rareté des permissions, tous ces facteurs s’additionnent et provoquent une montée de la protestation parmi les gommes au front.

Or début mai, l’ordre est donné de reprendre l’offensive dans les mêmes conditions sur un terrain toujours aussi désavantageux pour les Français. Face à l’entêtement de l’état-major qui souhaite poursuivre cette offensive à outrance, des mutineries éclatent et gagnent progressivement toutes les armées le long du front pendant 8 semaines. Par leur paroxysme, elles touchent 68 divisions sur les 110 qui composent l’Armée française.

Entre l’accusation de  « lâcheté », de trouillard, y compris la mise en cause des soldats du midi, les soldats ont commencé à dire entre eux que l’État major à défaut de s’en prendre à l’ennemi, leur faisait la guerre à eux, à leurs propres soldats.

C’était si vrai qu’après l’armistice, la coupe a été pleine quand au lieu de rentrer chez eux, les soldats ont été dépêchés dans des détachements pour aller se battre aux côtés des troupes du tsar contre la révolution d’Octobre.

Ici encore les mutins furent nombreux.

 Soldats du monde et surtout des colonies

Tous les pays dits « grands » (n’a-t-on as eu à une période les fameux 4 grands ?) et d’autres ont mobilisés dans cette première grande guerre mondiale les populations des « colonies » pour renforcer les armées qui s’affrontent en Europe, qu’il s’agisse de troupes combattantes, d’unités de soutien logistique ou encore de main d’œuvre ouvrière.

Des millions d’hommes ont ainsi été utilisés, requis, déplacés, souvent de force, pour alimenter l’effort de guerre.

Quelques 600 000 soldats des troupes coloniales participèrent à la Grande Guerre côté français.

Entre 1914 et 1918, 270 000 hommes furent recrutés en Afrique du Nord, 189000 en Afrique Occidentale Française et en Afrique Equatoriale Française, 49000 en Indochine et 41 000 à Madagascar.

En général, mis à part le travail sérieux d’historiens surtout dans la dernière période (et surtout encore avec de nouveaux secteurs d’archives enfin ouvertes notamment des armées) on estime que la question de la participation des troupes coloniales dans la guerre fait l’objet d’une « amnésie » aussi bien en France que dans les pays anciennement colonisés.

Mais comme pour briser l’amnésie citons alors les propos racistes du général Charles Mangin, qui a participé à l’expédition de Fachoda, qui publie en 1910, peu avant la Grande Guerre, un livre : « La Force Noire ». Dans son livre, il présente l’Empire comme une réserve « inépuisable de chair à canon » susceptible de compenser la faiblesse de la population métropolitaine en cas de conflit avec l’Allemagne.

Les troupes coloniales, notamment nord-africaines, sont présentes à Verdun mais c’est surtout en 1917, pendant l’offensive du Chemin des Dames, qu’elles seront engagées en masse. Au cœur du dispositif de la IVème armée, des bataillons de tirailleurs sénégalais sous les ordres du général Mangin sont lancés à l’assaut d’un plateau escarpé. Les mitrailleuses allemandes font des ravages. C’est un désastre. Près de la moitié des 16 000 hommes engagés sont mis hors de combat. Dix batillons de tirailleurs sénégalais et un de malgaches sont dès 1914 engagés sur le front. À la fin de la guerre, toutefois, le Président du Conseil Georges Clémenceau se souvient d’eux et les affecte en rand nombre dans l’armée qui va occuper l’Allemagne à dessein d’humilier celle-ci. Mission réussie : leur présence réactive le nationalisme et la haine de la France. On évoque la « Honte Noire » ! Mais que dire de ceux qui ont pensé ce racisme comme action de l’État français.

Monuments aux vivants

Plus de 2000 poèmes retrouvés, auteurs célèbres et auteurs inconnus. La guerre est faite d’héroïsme et de souffrances. Comment le dire et comment l’écrire.

Cette apocalypse mondiale a été aussi l’occasion d’un grand mouvement contre la guerre et Jaurès n’y est pas pour rien sinon le grand et le plus incisif porte-parole de la colère des vivants.

Henri Barbusse lui aussi s’est élevé au sein même des tranchées et est revenu avec un livre superbe : Le Feu.

Mais il n’en resta pas là, on lui doit aussi la création de l’association républicaine des anciens combattants ARAC.

Ceux qui sont revenus aussi ont, ici et là, et surtout à l’occasion de monuments aux morts tenus à témoigner de cette horreur, de cette inutilité pour instruire les vivants de ce qu’ils avaient vécu.

Jaurès universel

31 juillet 1914 : « ils ont tué Jaurès ». Un siècle. Il s’est éteint dans le calendrier de l’histoire de la plus grande barbarie. Trois jours après les armées du monde se jetaient les unes contre les autres comme pour se jouer de Jaurès alors qu’elles montraient avec horreur combien il avait raison. Le monde basculait. Un autre siècle de barbarie, Jaurès n’a pas fini de parler aux vivants, ceux de la grande horreur mondiale du fascisme avec l’Espagne et avec l’emprise de Hitler sur le monde pendant trop longtemps. Jaurès n’a pas fini de parler à ceux de l’Indochine et du Vietnam, ceux de l’Algérie, de Corée, du Liban, de l’Irak, de l’Afghanistan et encore ceux de Palestine et de Gaza depuis des décennies et ….

Jaurès parle toujours et parlera toujours de Paix aux vivants.

Nous avons tous besoin de Jaurès, et surtout aujourd’hui où il semble que l’histoire se met de temps en temps à bégayer comme si certains voulaient avoir raison, à raison de misères, de dignités assassinées, de résurrections de forces occultes, de forces des ténèbres.

Le monde a besoin de la et des lumières de Jaurès, de la confiance en soi et dans les hommes. Jaurès est aujourd’hui encore notre espoir. Comme lui nous devons essayer d’êtres fidèles aux combattants de la Commune et à la filiation de Jaurès avec tout ce qu’il avait décelé d’espoir parmi les créateurs des richesses, les forces neuves de son temps et du nôtre.

Alors relisons le, alors étudions son parcours, rêvons avec lui, non pas comme une sorte d’adoration mais comme un outil à la disposition de tous ceux qui souffrent.

**Nouveau manuscrit de Jaurès découvert dans la dernière période et qui devrait rester propriété de la France et ne pas subir des velléités d’achats privés.

Paix – Peace – Pace – Paz

Nous souffrons d’un mal incurable qui s’appelle l’espoir.

Espoir d’une vie normale où nous ne serons ni héros, ni victimes.

Espoir de voir nos enfants aller sans danger à l’école.

Espoir pour une femme enceinte de donner naissance à un bébé vivant, dans un hôpital, et pas à un enfant mort devant un poste de contrôle militaire.

Espoir de libération et d’indépendance.

Sans doute avons-nous besoin aujourd’hui de la poésie, plus que jamais.
Espoir que nos poètes verront la beauté de la couleur rouge dans les roses plutôt que dans le sang.

Espoir que cette terre trouvera son nom original : terre d’amour et de paix. Palestine.

Merci pour porter avec nous le fardeau de cet espoir.