1968 esprit es-tu là ?

Exposition réalisée par « Mémoires Vivantes » sous la direction de son président Pascal Posado.

Ces années là !

Les années 60. Auréolé par son rôle dans la Résistance et la Libération, plébiscité par plusieurs référendums le général De Gaulle a été mis en ballotage en 1965 lors de la 1ère élection présidentielle au suffrage universel.

C’est le temps du transistor et de « Salut les copains ». L’ORTF regroupe les deux seules chaînes de télé publiques. L’information y est très contrôlée, l’opposition n’a pas droit à la parole en dehors des périodes électorales. Pour le général la télé c’est « La Voix de la France » donc la sienne.

Bien qu’il soit reconnu depuis 1884, inscrit dans la constitution, en France pays des droits de l’homme, le syndicat n’a pas droit de citer dans les entreprises. C’est le domaine réservé, le patron règne sans partage.

Dans la société, malgré les très importantes réformes, les lois démocratiques et sociales de la Libération, les droits des femmes et l’évolution des mœurs sont bloquées. La mixité des établissements scolaires et universitaires est très limitée. La loi de 1920, interdisant l’avortement est toujours en vigueur. La loi « Neuwirth » autorisant la contraception, depuis 1967 en interdit cependant la publicité et sa prise en charge par la Sécurité Sociale.

Vietnam, le trait d’union

Partout dans le monde, le trait d’union de la jeunesse c’est la solidarité envers le Vietnam et le refus de la guerre américaine.

Cette lutte de la jeunesse se remarque aussi bien sur les campus américains, au Japon, en Italie que dans toutes les capitales européennes.

La répression de cette mobilisation de la jeunesse contre la guerre sera particulièrement violente en Allemagne Fédérale surtout après l’attentat contre le leader étudiant Rudi Dutschcke.

Ce mouvement va prendre de l’ampleur aux Etats-Unis et va contraindre le président Lindon Johnson à ne pas se représenter. C’est l’époque des hippies « Faites l’amour pas la guerre », de Bob Dylan qui chante « Les temps changent » et de Joan Baez. Angela Davis deviendra une des figures de proue de ce mouvement pour la Paix au Vietnam, l’antiracisme, les libertés et le féminisme. Son emprisonnement générera un vaste mouvement de solidarité mondial, notamment en France, qui obtiendra sa libération.

En France où s’ouvrent enfin des négociations pour mettre fin à la guerre et qui aboutiront aux « Accords de Paris », la protestation est particulièrement forte : Etats Généraux pour le Vietnam, « Un bateau pour le Vietnam », nombreuses et grandes manifestations.

Printemps de Prague & Martin Luther King

Le 4 avril 1968 le Pasteur américain Martin Luther King est assassiné avant la grande manifestation pour les droits civiques des noirs, contre la misère et le racisme.

Au mois d’Août sur le podium des jeux de Mexico les deux athlètes noirs américains, Lee Evans et Ron Freeman lèvent le poing à la face du monde, en hommage au combat de l’auteur de « I have a dream » (je fais un rêve).

Avant l’ouverture de ces J.O. d’été la police mexicaine réprime dans le sang les manifestations d’étudiants.

Depuis le début de l’année le Parti Communiste Tchécoslovaque au pouvoir entame des réformes pour plus de libertés. Le pays s’enthousiasme, c’est le « Printemps de Prague ». Mais l’entrée dans le pays des troupes du Pacte de Varsovie avec les chars soviétiques mettra fin à l’espoir qui s’était levé à l’Est.

L’émotion et la condamnation de l’opinion publique mondiale sont énormes. En France, le Parti Communiste Français et son secrétaire général Waldeck Rochet qui n’ont pas ménagé leurs efforts pour éviter la tragédie désapprouvent la conduite de Moscou. Un peu moins de vingt ans après le monde assistera à la chute du mur de Berlin.

Le fond de l’air est rouge

Chez nous, en France le climat est à la révolte, la contestation et les luttes dans beaucoup de domaines.

D’abord contre les guerres, celle des Etats-Unis contre le Vietnam que la jeunesse voit comme persécution d’un peuple qui vient de subir la guerre française, la guerre d’Indochine.

Et celle d’Algérie, les accords d’Evian datent de 1962, les choses sont encore douloureuses pour tous. Les tragédies et l’énorme traumatisme de la colonisation sont loin d’être effacés.

Et dans les deux cas et de tous les côtés c’est la jeunesse qui a payé et qui paie le plus lourd tribut.

Dans les entreprises aussi un vent de liberté se lève pour contester la condition ouvrière, chez les jeunes métallos, à l’exemple de ceux de SAVIEM, de RHODI-ACETA, dans l’automobile comme chez PEUGEOT ou RENAULT. Les journées de grève se comptabilisent en centaines de milliers chaque année et près de 5 millions en 1967, un record.

En Provence dès 1963 ce sont les mineurs de Gardanne qui s’opposent aux licenciements camouflés sous l’appellation de « reconversion » (déjà !) par une grève qui va durer 34 jours. Elle sera ponctuée par de nombreuses manifestations dans tout le bassin minier et à Marseille. Elle bénéficiera d’un vaste élan de solidarité.

Et plus généralement on ne comptera pas les manifestations pour s’opposer aux ordonnances contre la sécurité sociale, pour défendre l’école, pour les libertés et contre les énormes pouvoirs du Général De Gaulle.

Un grand vent de révolte

En cette fin des années 60, si nous sommes toujours, pour la chanson dans le temps des « yé-yé » du rock, de Johnny et Sylvie, nous assistons à la montée des belles chansons engagées de Jean Ferrat, et encore celles de Léo Ferré, Brel, Brassens ou Barbara.

La jeunesse a envie de libérer les mœurs, de secouer le monde. Le cinéma s’en fait le reflet avec la novelle vague comme Louis Malle, Vadim, Truffaut, Chabrol ou Godard.

La contestation culturelle prend de l’ampleur avec le limogeage d’Henri Langlois de la cinémathèque française. La décision entraîne toute la France intellectuelle et créatrice, une énorme vague de protestation qui oblige le pouvoir gaulliste à reculer.

En 1966, la ville de Port de Bouc et ses 14 000 habitants vont connaître le séisme de la fermeture de ses chantiers navals. Les chantiers qui ont forgé l’identité de cette cité ouvrière aux milles horizons : français, espagnols, italiens, grecs…..

Port de Bouc est un pays où raisonne la voix des hommes aux chants d’espoir, de vie, de liberté. Deux mille emplois vont disparaître emportant avec eux des rêves de bateaux, de navires et de rives lointaines.

Toute la ville va mener un combat dur, long et terrible pour des milliers de familles. Un combat qui a laissé des traces, des plaies mais dont les portdeboucains se servent toujours pour la renaissance d’une ville qui ne cesse d’inventer son avenir.

Le temps des barricades

L’effervescence étudiante avait démarrée à Nanterre avec le Mouvement du 22 Mars dirigé par Daniel Cohn Bendit sur la critique du fonctionnement de l’université et de la société auxquels s’ajoutait la demande du droit d’accès pour les garçons aux résidences universitaires des filles. Aussitôt la faculté est fermée et les cours suspendus après l’intervention de la police.

C’est l’acte qui fait étincelle et un meeting est organisé dans la cour de la Sorbonne. La hiérarchie ne comprend rien aux étudiants et le doyen Roche décide de faire évacuer les manifestants par la police. L’intervention est brutale et provoque les premiers « incidents » au quartier latin, le 3 Mai.

Bilan : plus de 100 blessés et 596 personnes appréhendées.

Etudiants et professeurs, l’UNEF et le SNESUP, appellent à la grève illimitée. Côté étudiants, le mouvement porte à sa tête Daniel Cohn Bendit, Alain Geismar et Jacques Sauvageot.

Le 6 Mai des étudiants de Nanterre passent devant la commission de discipline à la Sorbonne. Les premières barricades voient le jour et de violents affrontements opposent policiers et manifestants. Au petit matin des étudiants blessés sont encore évacués.

Télévision et radio d’état sont muets. Les quotidiens et les radios périphériques informent en continue et gagnent en crédibilité.

La violence de la répression policière émeut l’opinion publique qui prend parti pour la jeunesse.

La répression sauvage

Le 3 Mai puis le 6 et surtout le 10 mai la répression prend une tournure sauvage. La police commandée par le préfet Grimaud se rend responsable de plusieurs bavures. L’émotion est intense.

Il y aura plus de 800 blessés pour la seule journée du 10 mai.

Les journaux titrent :

  • La Vie Ouvrière : Halte à la répression ! Vive l’unité des travailleurs et des étudiants.
  • France Soir : La Sorbonne occupée par des milliers d’étudiants !

Et les organisations U.N.E.F, U.G.E, le S.N.E.Sup, la C.G.T, la C.F.D.T et la F.E.N communiquent un appel.

13 mai, la voix du peuple

 

A l’appel des grandes centrales ouvrières, CGT et CFDT, des syndicats de lycéens, des étudiants et des enseignants, la grève générale est décidée et des manifestations monstres sont organisées dans tout le pays le 13 mai. Tous les partis de gauche apportent leur soutien. Ce sera l’une des plus importantes journées de grève et de manifestations jamais vues en France. En écho à 1958, année de la prise du pouvoir par le général de Gaulle, de Brest à Marseille, de Paris à Lyon en passant par Bordeaux et Lille c’est aux cris de « 10 ans ça suffit » que le peuple de France fera entendre sa voix.

Les usines s’en mêlent !

Le mouvement de grève ne s’arrête pas le 13 mai. Partout, cahier de revendications en mains les assemblées générales décident la grève illimitée avec occupation des lieux de travail. Les plus anciens se souviennent de 36 et du front populaire même si les temps ont changé. Dans la quasi-totalité des cas les décisions sont prises dans l’union des syndicats.

Ainsi alors que De Gaulle part en Roumanie le 14 mai, les salariés de Sud Aviation près de Nantes occupent leur usine et séquestrent leur patron. Dans la foulée ce sera Renault Cléon puis Billancourt, les cheminots s’arrêtent eux aussi et occupent gares et ateliers, puis c’est le tour des métallos des sidérurgistes suivis par les services publics. Une véritable traînée de poudre circule d’usine en usine.

                     Mer humaine à Marseille & A Marseille toujours

 

 

 

 

Plus de mille étudiants tiennent un meeting agité à la Faculté des Sciences Saint-Charles.

 

 

 

Sous les pavés, la plage

Des affiches :

  • Sois jeune et tais toi
  • La police a l’ORTF, ORTF c’est la police CHEZ VOUS
  • Solidarité : ouvriers, étudiants, artistes, venez tous ! Ce soir 7 juin à partir de 20 heures à la faculté de droit. Films, sketchs, chansons suivis de discussions-rencontres.
  • Le chienlit c’est lui !
  • Mai 68 : début d’une lutte prolongée
  • Une jeunesse que l’avenir inquiète trop souvent…
  • Les peuples vaincront les impérialistes et la répression
  • Il est interdit d’interdire

Neuf millions de grévistes

 

En quelques jours le pays va s’arrêter. Le 24 on estimera à neuf millions le nombre de grévistes soit le 2/3 de la population active. C’est du jamais vu. Tous les secteurs d’activité sont touchés, tous les services publics, les transports, les grandes corporations, la grande distribution, etc. Le théâtre de l’Odéon est occupé, le Festival de Cannes est arrêté pour la première fois depuis sa création. Puis viennent les artistes, les architectes, les Beaux Arts qui très vite feront connaître leur talent avec la création de nombreuses affiches, la Fédération française de football. Le 25 les personnels de l’ORTF se mettent en grève pour protester contre la main mise du pouvoir sur l’information.

Les occupations

Des petites, moyennes et grandes entreprises rares sont celles qui n’ont pas eu leur mai 68, par contre l’immense majorité d’entre elles ont vécu l’occupation de leur site par les travailleurs.

Après la reprise du travail les patrons et les observateurs ont dû se rendre à l’évidence : l’outil de travail a été préservé et entretenu. Une reconnaissance de l’attachement des salariés à leur outil de travail si bien qu’au moment de la reprise il n’y a pas eu de temps mort.

 

 

Négociations de Grenelle

C’est dans un climat de forte mobilisation des salariés que s’ouvrent les négociations de Grenelle entre le gouvernement représenté par MM Pompidou, Chirac et Jeanneney, le CNPF syndicat des patrons, et toutes les centrales ouvrières, CGT, CFDT, CGTC, FO et les syndicats membres de la FEN   (Fédération de l’éducation Nationale). Tous les syndicats étaient supportés par plus de neuf millions de grévistes.

Il n’y aura pas d’accord signé. Le 27 mai les syndicats feront juste un relevé des négociations qui sera soumis à l’avis des travailleurs par entreprises et par branches professionnelles.

Benoît Frachon au nom de la CGT déclarera d’ailleurs : « les travailleurs ne cesseront la grève que lorsqu’ils seront certains de bénéficier des avantages substantiels qu’ils escomptent ».

La lutte continue

 

La grève va se poursuivre. Malgré les avancées déjà obtenues dans les négociations il n’y a pas de reprise du travail, les assemblées générales des usines, des chantiers occupés se prononcent les unes après les autres pour la poursuite de la grève. La négociation va continuer dans chaque entreprise et dans chaque branche professionnelle.

 

 

 

Les acquis de 1968

Voici le constat de Grenelle (il n’y a pas eu d’accord) et accords de branches et d’entreprises :

  • Augmentation du SMIG le 1er juin de 35% à Paris et de 37% en Province.
  • Suppression du salaire minimum agricole (SMGA) d’où augmentation pour les ouvriers agricole de 56,2 à 59,4%.
  • Augmentation générale des bas salaires de 20 à 30% (94 accords de branches conclus).
  • Pour certains jeunes, le cumul des mesures aboutit à doubler le salaire.
  • 60 autres avantages : re-classifications, titularisations, inclusions de primes dans le salaire, nouvelles primes et indemnités, réduction et suppressions d’abattement d’âge et de zone, clause de garantie de ressources, abolition des primes anti-grèves, etc…
  • Réduction du temps de travail sans diminution de salaire. Congés supplémentaires, nouveaux jours fériés payés, mesures de préretraites, etc..
  • Cinquième semaine de congés pour les jeunes travailleurs obtenue dans une dizaine de branches.
  • Réduction des inégalités de salaires et de promotion pour les femmes et les jeunes. Protection de la maternité, formation professionnelle, etc…
  • Paiement partiel ou total des jours de grèves.

Victoire du droit syndical

  •  Reconnaissance de la section syndicale d’entreprise.
  • Protection des délégués syndicaux.
  • Crédit d’heures de fonction et octroi d’un local syndical dans l’entreprise.
  • Réunion mensuelle dans l’entreprise et libre diffusion de la presse syndicale.
  • Liberté de l’affichage syndical, de la collecte des cotisations.

Par la suite

  •  Relevé de conclusions du 2 juin 1968 dans la Fonction Publique et les services publics.
  • Loi du 31 décembre 1968 sur la formation professionnelle.
  • Accord national du 10 février 1969 sur la garantie de l’emploi, etc…

 Le syndicat par la grande porte

Vérification pratique : pour la première fois dans l’histoire du C.E.N de Cadarache, un dirigeant syndical est reçu officiellement par les syndicats de l’entreprise.

Nos documents : Sur notre photo, on reconnaît au premier plan Marius Colombini, secrétaire de l’UD-CGT13 au côté de Georges Seguy, secrétaire général de la CGT. Et ci-dessous : papillon officiel et compte rendu de la visite.

Un des acquis majeurs de 1968 sinon le plus important est la reconnaissance du syndicat dans l’entreprise. Reconnaissance effective dans le droit social et dans la loi (elle sera votée le 27 décembre 1968).

C’est une véritable révolution car avant 1968, si les syndicats étaient reconnus le patronat régnait sans partage dans l’entreprise et il n’était pas rare de voir la polie mobilisée pour empêcher la distribution de tracts y compris aux portes des usines.

Les grandes manœuvres

Si tout au long des journées de mai et juin 68 la revendication politique était présente notamment sous la forme de l’exigence de démocratie et d’un gouvernement populaire, ce n’étaient pas les visées partagées par tous à gauche.

Le 29 mai, le général De Gaulle disparaît et cela donne naissance à de nombreuses rumeurs sur la démission imminente du chef de l’état.

François Mitterrand tente alors de doubler le PCF avec lequel il s’est pourtant réuni et accordé en avril. En l’absence du général il annonce le 28 mai sa candidature à la présidence de la République et propose Pierre Mendès France comme premier ministre.

Celui-ci assiste en compagnie de Michel Rocard leader du PSU au meeting du stade Charléty. Ses propos donnent l’impression que la gauche songe à profiter des événements pour faire une sorte de coup d’état. Le pouvoir serait à prendre.

Revenu à Paris le 30 mai, De Gaulle prononce à la télé et la radio un discours de quelques minutes qui renverse la situation : il demeure à son poste, il maintient au sien le Premier ministre, il remanie le gouvernement, il ajourne le référendum, il dissout l’Assemblée Nationale.

On saura plus tard qu’il était parti en Allemagne, à Baden Baden, prendre contact avec le commandant des troupes françaises qui y sont stationnées pour s’assurer de leur fidélité en cas de besoin.

Le 30 mai toujours, une manifestation préparée depuis deux jours par les gaullistes remonte les Champs Elysées. Elle est importante. Le général semble avoir retourné la situation en sa faveur.

La chambre bleue

La situation évolue alors différemment. Le parti du général qui a fondé les CDR (Comité de Défense de la République) épaulés par le SAC (Section d’Action Civique) se livre au chantage au nom du général : « moi ou le chaos », « moi ou la chienlit ».

Cette offensive trouve des échos d’autant plus nombreux que la gauche se divise, la FGDS (Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste) c’est-à-dire le PS prend des orientations au centre.

Les élections législatives des 23 et 30 juin voient un triomphe sans précédent de la majorité gaulliste. La peur, le chantage au chaos et les orientations moins que claires à gauches ont permis à la droite de trouver une chambre « introuvable », une chambre « bleue ». Les commentateurs gaullistes préciseront même : « la majorité silencieuse s’est exprimée contre la chienlit ».

Remue-ménage culturel

La reprise en mains va se voir d’abord dans le domaine culturel. Le célèbre festival d’Avignon dirigé par Jean Vilar a vécu un 68 particulièrement bousculé. Bien sûr dans toutes les troupes et chez tous les artistes et comédiens l’esprit de mai 1968 était là. Mais il semblerait qu’après les résultats des élections de juin la droite voulait une revanche « médiatique ».

Alors le festival va être le théâtre de provocations, d’interdictions et même d’interventions policières. Gérard Gelas et le « Chêne noir » se voyaient interdits, le « Living Theater » de Judith Malina et Julian Beck ne put se produire normalement et Maurice Béjart dédiait chaque soir et chacune des représentations de son ballet à ceux qui étaient empêchés de jouer. Epilogue pour le moins un peu fou pour ceux qui avaient pris, dès le début, le parti de la liberté de création, de la prise de parole et à qui on voulait l’interdire en leur nom.

Huit colonnes à la une

« 1968. Dans l’extraordinaire bouillonnement, véritable fatras d’actes et d’idées, chacun voulait s’y reconnaître. D’abord pour participer au mouvement, mais aussi pour débattre, pour agir. En fait il fallait savoir où aller chaque jour et à chaque instant de chaque jour.

Ce besoin était pressant, impérieux. C’était, sans aucun doute, comme cela partout, à Marseille comme ailleurs.

Oui mais à Marseille et dans toute la région nous avions « La Marseillaise ». Chaque matin de chaque jour, nous savions alors ce qui s’organisait, ce qui se passait, ce qui se tramait, ici, près de nous ».

Témoignage de Santiago, cheminot en 1968.

L’Héritage de Mai 68

Moins d’un an plus tard, en avril 1969 lors d’un référendum le général De Gaulle, président de la République est battu. Il s’en va.

Georges Pompidou lui succède opposé au deuxième tour au président du Sénat Alain Poher. Une élection présidentielle qui verra le candidat du PS, orienté très au centre, Gaston Defferre crédité de 5% seulement tandis que Jacques Duclos candidat du Parti Communiste frôlera la seconde place avec plus de 21%. C’est une grande première, il aura mené une campagne tambour battant et ses apparitions à la télévision resteront dans les mémoires.

1968 n’est pas encore très loin. Le syndicat qui a droit de citer au sein même de l’entreprise, les aspirations qi se sont levées, l’émergence des mouvements comme le MLF (Libération des Femmes), les futurs mouvements issus du FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire), la pilule reconnue par la sécu, le droit à l’avortement, montrent d’une façon évidente qu’alors plus rien ne sera comme avant 1968.

Il est utile d’aller au bout de ses rêves comme le dit la chanson et comme ont essayé de la faire les grévistes et les étudiants de 68.

Les générations actuelles et celles de demain feront-elles fructifier l’héritage ?

Esprit es-tu Là ?

 La mémoire de 68 est un enjeu historique et politique de première importance, et un enjeu tout court. Il n’est pas dit ni écrit que cela soit véritablement partagé.

La particularité de Mai 68 n’est-elle pas d’avoir été tout à la fois un mouvement étudiant, une arrivée tonitruante de la jeunesse sur l’avant scène sociale et politique et la grève générale la plus importante dans l’histoire du mouvement ouvrier. Le tout avec une libération ou une libéralisation de toute la société, dans ses mœurs et schémas politiquement « corrects ».

C’est peut-être que ceux qui ont eu si peur de la convergence de toutes ces forces, aimeraient tant aujourd’hui pouvoir effacer de la mémoire collective ce qui les dérange.

De 68, du côté du Medef et du sarkozisme il ne faudrait retenir que la dimension festive et enfantine et laisser de côté le grand affrontement anticapitaliste dimension essentielle et que l’on retrouve dans les luttes d’aujourd’hui.

« Vous n’aurez pas ma liberté de penser » dit la chanson. Individuellement c’est une chose, collectivement c’est une autre affaire.

Mais 68 justement, ne permet-il pas et cette audace et cet espoir ?