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Le Front Populaire

Mémoires Vivantes présente « la vie est à nous » épopée du Front Populaire de 1938, dans la région de Marseille.

Cette exposition a été réalisée par Alain PREHU et Jacques ROGER ; conception et réalisation graphique par Cyril BLAZY ; régisseur Sébastien IZZO sous la direction du président Pascal POSADO.

Les damnés de la terre

La France ne compte que 41 millions d’habitants après l’hécatombe de la Première Guerre mondiale et la moitié vit à la campagne.

La crise économique frappe le pays et l’Europe à retardement par rapport aux Etats-Unis. À la fin de 1930, les productions industrielles et agricoles s’effondrent. Le chômage s’installe. Il touche surtout les ouvriers et les salariés du secteur privé, les agriculteurs et les petits commerçants.

En 1932, les chiffres officiels donnent plus de 250 000 chômeurs (recensés car bénéficiant des aides de municipalités ou des bureaux de bienfaisance) et dès 1933, on en compte 400 000 et 500 000 en 1935.

En vérité il y a près de 900 000 chômeurs auquel il faut ajouter le chômage partiel. Les soupes populaires font leur apparition.

Si le mal vivre et la colère engendrent des luttes, des grèves et des marches de la faim, c’est quand même dans cette situation que les ligues factieuses, l’extrême droite et les idées fascistes trouvent leur fond de commerce.

Marseille des années 30 

Marseille est une ville de près de 900 000 habitants. Elle ressent plus qu’ailleurs le poids de la crise et du chômage, résultat de son industrialisation liée aux activités que permettent les matières premières venues des colonies, huileries, savonneries, sucres, pâtes, riz, produits chimiques etc. La vie est dure et difficile, ceux qui travaillent sont à la merci des patrons. Ils travaillent tout le temps, la journée de huit heures est peu respectée, un seul jour de repos par semaine sauf pour les travailleurs postés ou en trois – huit. Pas de vacances, on n’y pense même pas. Et pour ceux qui sont au chômage, c’est la misère totale, aucune protection et très peu de compensation.

Au travail les conditions sont affreuses et les grèves sont nombreuses pour imposer des améliorations (salaires, vêtements, hygiène, outils etc).

De grandes grèves ont lieu en 34-35 avec notamment celles du Caoutchouc Industriel, Rocca, Tassy, la marche des mineurs et le grand conflit des dockers qui marquera la fin 35 et le début 36.

La ville tombe aux mains de politiciens et de gangsters. En 1929, aux élections municipales du 12 mai, la liste Flaissières-Sabiani est élue. Entre les mains de Sabiani, politicien-truand, le maire ne sera qu’une girouette et ne tardera pas à laisser la place au maire Ribot qui ne fera guère mieux.

Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

Au temps du Front Populaire, le travail façonne la société. Le travail ouvrier fait l’objet d’une formation sur le tas, au sein des équipes, par les ouvriers eux-mêmes, détenteurs de métiers qualifiés, où le geste a autant d’importance que l’outil, où le savoir-faire s’acquiert par le sens de l’observation, où l’on s’élève par ses qualités personnelles et son intelligence.

C’est aussi l’époque qui voit s’abattre le chômage d’une façon brutale sur les ouvriers. La solidarité fait alors des progrès et unis les travailleurs font face aux patrons. La réunification de la CGT et de la CGTU sera le moyen extraordinaire de remporter la victoire de 1936.

La République menacée

Ces années 30 voient une véritable montée des périls pour la démocratie et la République.

Déjà à Marseille, le 9 février 1925, une manifestation qui réunissait plus de 20.0000 personnes contre la tenue d’une réunion de « fascistes » est brutalement réprimée : 3 morts et 150 blessés.

Au début de l’année 1934 éclate l’affaire Stavisky, du nom d’un escroc mort dans des circonstances mystérieuses après avoir obtenu des appuis d’hommes politiques corrompus.

L’antiparlementarisme se développe, soutenu par des ligues d’extrême droite comme les « Croix de feu » ou les « Jeunesses patriotes ».

Le 6 février 1934 à Paris, une grande manifestation organisée par les ligues factieuses devant la Chambre des députés tourne à l’émeute sanglante : 15 morts, 328 blessés dont 236 manifestants.

Le PCF et la CGTU ripostent dès le 9 février par de grandes manifestations.

Ils dénoncent une tentative de coup d’état et toute la gauche réplique par une grève générale le 12 février et de très grandes manifestations.

A Marseille, dans une imposante manifestations, plus de 100 000 personnes sur la Canebière. Le peule de Marseille se dresse contre le fascisme et la corruption.

En octobre le climat s’aggrave avec l’assassinat à Marseille du roi Alexandre de Yougoslavie et du ministre français Louis Barthoux.

En Europe la montée du fascisme est la donne politique essentielle : Mussolini en Italie, Hitler en Allemagne, mais aussi fascisme en Hongrie, Espagne, etc.

Politiciens et gangsters

Sabiani et ses « protégés » Spirito et Carbone qui ont fait main basse sur la ville vont se servir des « atouts » de Marseille pour alimenter leurs trafics. C’est d’abord l’âge d’or des Colonies. Puis vient l’importance du Marseille de la fin du XIXe siècle dans l’économie française, la transformation de son port en véritable outil moderne de commerce et d’échange.

Le port est en effet le 1er de France et d’Europe, un des tous premiers au monde. Il est de fait l’enjeu de tout, tenir le Port c’est être maître de Marseille. Cela augmente l’importance géo-stratégique de la ville, véritable porte de l’orient qui assure l’arrivée des matières premières et permet aussi tous les « commerces ».

Enfin s’appuyant sur les traditions de la pègre, Sabiani favorise de subtiles relations du personnel politique et du « Milieu » ;

Simon Sabiani qui administre la ville au nom du maire Ribot, prononce son soutien par une campagne d’affiches à ses « amis » et collaborateurs, les gangsters Carbone et Spirito impliqués dans l’affaire Stavisky.

Bataille pour Marseille propre

Avec l’arrivée de François Billoux en 1933, le PCF qui ne compte alors que quelques 300 membres, va se livrer dans une grande bataille pour Marseille, contre les truands et les politiciens. A ses côtés, Jean Cristofol, douanier, responsable à Marseille du mouvement antifasciste Amsterdam Pleyel, dirigeant de la CGTU, et Charles Nédelec secrétaire départemental de la CGTU.

Dès les journées de février 1934 commence la « reconquête » du port de Marseille avec notamment Victor Gagnaire, dirigeant CGTU, reconquête qui aura son aboutissement avec la grande grève des dockers, victorieuse de fin 1935-début 1936.

Le 12 février 34 il y a 100 000 marseillais sur la Canebière, la plus grande manifestation après Paris. Ce jour là, ils seront encore des dizaines de milliers l’après-midi sur les terrains derrière La Bourse au meeting que tient le P.C.F. avec François Billoux, Charles Nédelec et Jean Cristofol. François Billoux lance la campagne contre les gangsters et la bande à Sabiani. Cette campagne est restée célèbre sous le nom de « Marseille propre ».

La répression patronale et policière s’abat sur Cristofol pour avoir participé aux manifestations. Il perd son emploi. S’engage alors un processus d’unité syndicale des services public à Marseille, qui se développera rapidement dans d’autres corporations et dans toute l région. Des fusions CGT / CGTU se réalisent en premier chez les cheminots en novembre 34, un an avant la réunification nationale de 1936.

Le 25 juin 1934, à Marseille, le pacte d’unité d’action SFIO-PCF contre le fascisme et la guerre est signé à Marseille, un mois avant l’accord national du 27 juillet.

Dans la foulée, ses succès électoraux témoignent du développement impétueux de l’influence communiste et de l’aspiration populaire à l’unité.

En octobre 1934, Jean Cristofol est élu conseiller d’arrondissement du populaire 5e canton de Marseille.

Riposte unitaire

Sur le plan national et international, face aux menées fascistes des années 30 les intellectuels, les organisations ouvrières, syndicales et politiques s’organisent.

Les deux écrivains, Henri Barbusse et Romain Rolland lancent un appel en Août 1932 qui deviendra le mouvement Amsterdam Pleyel en 1933.

En mars 1934 les intellectuels constituent le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA) animé par Paul Langevin.

Le 27 juillet 1934, la SFIO et le PCF adoptent un Pacte d’unité antifasciste.

Le 9 octobre, Maurice Thorez pour le Pof, appelle lors d’un meeting, à la constitution d’un « Front Populaire du travail, de la liberté et de la paix ». Il propose la rédaction d’un programme politique qui dépasserait le cadre défensif du pacte d’unité d’action. Les radicaux sont conviés à participer à cette phase nouvelle de l’union. Ce programme sera adopté le 11 janvier 1936.

Le 14 juillet 1935, une manifestation du « Rassemblement Populaire » montre l’union des partis de gauche contre le danger fascisant : ils scellent le serment du 14 juillet, pour la défense des libertés avec les communistes, dirigés par Maurice Thorez, les socialistes avec Léon Blum et les radicaux avec Edouard Daladier.

Le 5 mars 1936, c’est au congrès de Toulouse que CGT et CGTU entérinent leur réunification avec la naissance d’une nouvelle CGT de Benoît Frachon et Léon Jouhaux.

Avec l’union de la gauche et l’unité syndicale retrouvée ce début d’année 36 voit se lever partout un Immense espoir.

Victoire électorale

Le 23 septembre 1935 voit la publication d’une plate forme commune au PCF et à la SFIO. Les négociations pour le vrai programme s’engagent à trois, avec les radicaux et sera adopté le 11 janvier 1936.

Au premier tour des législatives du 26 avril 1936 :

Le PCF obtient 1.503.000 voix, progressant ainsi par rapport à 1932 de 82 à 94%, il double presque ses voix.

La SFIO avec 1.955.000 voix recule très légèrement par rapport à 1932 (entre 0,45 et 3,91%).

Le Parti Radical perd des voix. Avec 1.400.000 voix, il est désormais troisième parti du Front Populaire. Ils perdent entre 21,8 % et 23,7 % de leurs voix. Cause : Le Parti Radical a joué l’ambiguïté : 9 de ses fédérations sont hostiles au Front Populaire.

Au second tour du 3 mai 1936, SFIO, PCF et radicaux appellent à « faire bloc sur celui des candidats que le suffrage universel a mis en tête ».

Le PCF passe de 11 à 72 députés, La SFIO passe de 131 à 147 députés, Le Parti Radical de 157 à 106 (perte de 51 sièges).

A Marseille, le PCF double ses voix et atteint 22,9 % des inscrits. Il a deux députés : François Billoux qui a battu Sabiani et Jean Cristofol. Dans le département Adrien Mouton est élu député d’Arles.

De son côté le PS déjà premier parti recueille 25,5% des inscrits et compte désormais 3 députés à Marseille.

Les usines occupées

Léon Blum a annoncé qu’il ne formerait pas le gouvernement avant la fin de la législature précédente. Pendant un mois, du 3 mai au 3 juin 1936, l’ancien gouvernement a expédié les affaires courantes. Et dans les rangs de ceux qui ont permis la victoire, l’impatience se fait jour.

Elle éclate au Haver, chez Bréguet le 9 mai ; La grève et puis la provocation du patron, qui licencie les dirigeants syndicaux. Alors les gars occupent l’usine pour protéger leurs responsables. Le mouvement s’étend un peu partout mais dès fin mai, début juin c’est l’explosion….Toute la France et tous les secteurs sont touchés. Très souvent l’occupation se fait pour éviter les lock-outs et pour protéger l’outil de travail.

C’est la fierté ouvrière. Partout les machines ont été entretenues en état de marche, à tel point que la reprise a pu se faire dès l’accord signé. On briquait les bécanes mieux qu’avant et, dans certains cas, on en a réparé.

Même la presse de droite de l’époque est obligée de constater l’ordre respecté dans les usines en grève.

Finalement, le patronat s’est affolé et a demandé à Léon Blum de jouer les médiateurs. C’est ainsi que s’est réunie la conférence qui devait aboutir aux accords Matignon.

Partout en France

La CGT n’a jamais appelé à la reprise, même après la signature des accords Matignon. C’était aux travailleurs à décider. Des patrons ont refusé de signer, traîné les pieds. Il y en avait qui ne voulaient pas des délégués du personnel. C’était un changement ! Au lieu d’aller chacun trouver le taulier la casquette à la main, c’est un représentant élu qui exigerait en leur nom.

Les grèves se sont donc poursuivies une bonne partie du mois de juin dans tout le pays…

Il a fallu que le Parlement vote une loi, le 11 juin, pour imposer congés payés et les 40 heures. Ce fut sous la pression des grèves et aussi, il faut bien le noter, sous celle des patrons qui avaient cédé et voulaient imposer les mêmes conditions à leurs concurrents.

A Marseille et sa région

A Marseille, le mouvement démarre le 27 Mai avec l’occupation d’une usine de produits chimiques dont le patron était croix de feu, le 29 Mais c’est le tour de Coder à Saint Marcel et enfin tout le secteur de la grande industrie de la ville et du département est dans les grèves et les occupations. Ainsi à Renault Michelet, au garage Mattei, dans le port avec les dockers mais aussi les marins qui occupent les bateaux.

Nos photos : un bateau de la compagnie Fabre occupé à côté la grève a démarrée car le patron a eu peur et s’est sauvé avec la paye. Les chauffeurs de taxi réunis après la victoire, à côté les mineurs de Gardanne à nouveau dans le mouvement après leur grande grève de l’année précédente, les filles d’électric-flux, les marins du Gueydon, les ouvriers des chantiers de Port de Bouc.

C’est pas triste

Mai et Juin 36, ce fut la fête dans les établissements occupés. Les photos le montrent, les films racontent et les témoignages confirment : c’est pas triste mais pas triste du tout. La TSF était branchée, pour les nouvelles mais aussi pour la musique et les chansons.

De véritables fêtes avec bals populaires ont vu le jour et les orchestres se sont déplacés et les troupes de théâtre ont joué…ce furent les prémices d’une explosion culturelle avec de fortes racines plantées dans le mouvement.

Il y eut alors un rapprochement formidable avec la classe ouvrière en lutte. C’était le cas des commerçants et des paysans répondant aux appels des comités de grève pour le ravitaillement. Mais ce fut surtout important avec les intellectuels, avec ce comité de vigilance antifasciste animé par le professeur Rivet, le philosophe Alain, le professeur Langevin. C’est une particularité du mouvement ouvrier français à cette époque, le seul en Europe où la classe ouvrière fût à l’initiative d’un rassemblement de masse.

C’est aussi l’époque d’une formidable éclosion culturelle en milieu ouvrier, avec la CGT, avec l’Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires (AEAR), le groupe Octobre qui joue du Prévert dans les usines en grève…

Accords Matignon

Commencées en Mai, début juin 1936 les grèves ont pris une ampleur considérable, deux millions et demi de grévistes dans une France qui est encore pour moitié rurale.

Devant l’ampleur du mouvement de grèves et d’occupation des usines le patronat prend peur et demande le 6 juin à Léon Blum d’organiser une négociation avec la CGT.

Le 7 juin 1936, à l’hôtel Matignon, les accords de Matignon sont signés sous la Présidence du Conseil de Léon Blum (Front Populaire), entre la Confédération Générale du Patronat Français (CGPF), la Confédération Générale du Travail (CGT) et l’État.

À la suite de ces accords, les ouvriers obtiennent des contrats de travail :

  • Les salaires sont augmentés de 7 à 15 %.
  • Les ouvriers obtiennent des délégués pour les défendre, on ne peut pas les licencier sans autorisation de l’inspecteur d travail. Les salariés obtiennent la liberté d’exercice du droit syndical.
  • Création de conventions collectives, la semaine de 40 heures et 15 jours de congés payés (12 jours de vacances + 2 du week-end).
  • Aucune poursuite ne pourra être engagée contre les grévistes.
  • De plus les ouvriers ne reprendront le travail qu’après avoir obtenu l’application de ces accords et la discussion des questions locales de l’entreprise.

Les congés payés

C’est une véritable révolution sociale. Enfin avoir des congés, pouvoir prendre des vacances. Beaucoup n’y croyaient pas : « alors, toi tu crois que le patron va me payer pour que je partes en vacances ? C’est pas possible ». Et du côté des patrons les 40 heures : « vous voulez créer la semaine des deux dimanches, vous êtes fous ». Les bourgeois criaient avec horreur : « les salopards en casquettes envahissent nos plages ».

Cet été-là, quelque chose changea dans la vie de ces «salopards…», comme les nommaient les haineux de la droite : les vacances. Un curieux mot que personne jusqu’alors n’avait songé à faire entrer dans la vie des ouvriers.

Avant 1936, le prolétaire trimait, les vacances étaient réservées aux bourgeois, aux commerçants et artisans qui pouvaient s’en offrir, aux salariés de quelques rares entreprises.

Puis, vinrent les défilés et les grèves de 1936, les accords sur les quarante heures et les deux semaines de congés payés.

Léo Lagrange secrétaire d’Etat et ses collaborateurs du ministère du Temps Libre négocient avec les réseaux ferrés privés. Car, à quoi bon offrir quinze jours de vacances aux Français les plus pauvres s’ils ne peuvent pas partir ? A la fin du mois, le ministre arrache près de 600 000 billets populaires de congés payés qui partent comme des petits pains.

Les gares sont envahies comme elles ne l’avaient pas été depuis la mobilisation de 1914. Mais on part en autocar, en voiture, en tandem. On profite pour aller voir les parents à la campagne, pour aller en camping.

C’est une énorme bouffée d’air pur, un vent de liberté et de joie qui souffle sur la France de 1936.

Une explosion culturelle

70 ans après juin 1936, la mémoire collective des Français conserve encore présentes les images du Front Populaire : grèves, occupations d’usines, accords Matignon, semaine des 40 heures, congés payés… À l’instar d’autres grands évènements telle que la Révolution française, le Front populaire s’inscrit à la croisée de deux histoires. Au sommet, l’histoire des gouvernements, des partis, des institutions et dans les tréfonds de la société, l’histoire des pratiques sociales, culturelles, festives, militantes.

A la faveur des 40 heures et des congés payés, une révolution culturelle gagne également le pays.

Sports et auberges de jeunesse

Avec les auberges de jeunesse, les jeunes trouvent un terrain d’expression autonome et la mixité devient possible. Sur les plages, les corps se dénudent plus que par le passé. C’est d’abord le sport qui éclate avec le sport travailliste qui donne une nouvelle jeunesse à la FSGT (Fédération Sportive et Gymnique du Travail).

Ni prolétarienne ni officielle, mais populaire, à l’image de l’alliance lui ayant donné corps, la culture doit au puissant mouvement social, qui ne se dément à aucune de ses étapes, sa dimension de classe et son caractère fortement populaire.

Une nouvelle génération politique s’est forgée dans un même combat, nourrie des mêmes espoirs et de la certitude que  » la lutte paie « . Dotée d’un langage, d’images et de symboles nouveaux, elle marque de son empreinte la physionomie de la nation toute entière.

Espagne et non-intervention

Dès le mois d’août 1936, Léon Blum annonce la non-intervention en Espagne. Cette décision est vécue comme une trahison et provoque déceptions, oppositions dans tous les milieux politiques et culturels.

C’est l’époque d’un vaste mouvement de solidarité, populaire, culturel et antifasciste en faveur de l’Espagne républicaine.

C’est l’époque d’André Malraux, d’Aragon, d’Ernest Hemingway, Eluard, Prévert, Langevin, Romain Rolland, Paul Nizan etc. Pour tous le sort de l’Europe et du monde se joue à Madrid. Les appels se multiplient  Bientôt Picasso peindra « Guernica », Antoine Serra sa « non-intervention ».

Ce qui est en cause c’est l’Espagne de Federico Garcia Lorca, d’Antonio Machado. Ce qui se passe est le premier grand affrontement entre le fascisme et la démocratie.

Pourtant la jeune république espagnole, celle du «  Frente Popular » a été démocratiquement et légalement élue au début de 1936. Dès le coup d’État, la rébellion de l’armée de Franco la France est saisie d’une demande d’aide officielle. Une commande d’avions et de canons est passée et payée. La livraison n’aura jamais lieu.

Léon Blum persiste et signe alors qu’Hitler et Mussolini font bloc avec Franco. « Défendre Madrid c’est défendre Paris » disent de façon prémonitoire les communistes qui vont alors organiser les « Brigades Internationales ».

Marseille joue un rôle capital et particulier. Sous la direction de François Billoux, Lucien Molino, Jean Cristofol un grand mouvement de solidarité se dessine. Le PCF va même créer une compagnie de navigation et des bateaux, « France Navigation ». C’est par elle que des hommes des vivres et des armes vont arriver en Espagne. Plus tard la compagnie jouera aussi un rand rôle au moment de la « retirada ».

Plutôt Hitler que le Front Populaire

Le gouvernement du Front Populaire subit d’incessantes pressions des grands patrons et des milieux d’affaires. C’est le mur de l’argent et les fameuses « 200 familles ». Le patronat refuse d’appliquer les lois sociales, les ligues se reconstituent en partis politiques et ont recours au terrorisme, patronat et finance font leur choix : « Plutôt Hitler que le Front Populaire ».

Le Front Populaire se disloque, Léon Blum avait cédé pour l’Espagne, il cède encore et annonce une « pause » dans les réformes en mars 1937 avant de démissionner en 1938.

Les problèmes européens intensifient les tensions intérieures. Devant les agressions répétées d’Hitler, l’opinion publique française, traumatisée par la Première Guerre mondiale, est profondément pacifiste.

En septembre 1938, le gouvernement Daladier signe les accords de Munich. Les Français, ont été trompés. Gabriel Péri, prononce un grand discours devant les députés : « Munich c’est la guerre ».

Le 13 novembre, les décrets-lois Reynaud remettent en cause les conquêtes de 1936 : « Finie la semaine des deux dimanche », dit-il. La bourgeoisie française veut sa revanche. À tout prix. On connaît la suite…

Le bilan de ces deux années est cependant formidable et unique dans les annales du mouvement social de la planète, avec ses avancées sociales pour les salariés. Un bilan qui ouvre la voie aux autres avancées démocratiques de la Libération inspirées par le Conseil National de la Résistance.